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La pollinisation de l'olivier : un enjeu vital !

15 mars 2018

Catégories : Technique Production

Par Pierre Villemur,

Qu’importe si l’on taille correctement ses oliviers, si l’irrigation est optimale, ou si l’on apporte l’engrais qu’il faut ; s’il y a des d’olives sur l’arbre c’est d’abord parce que les fleurs ont été pollinisées ! 
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La fleur d'olivier est petite, elle comprend 5 parties:

     - 1 stipule à sa base (comme la plupart des fleurs et des feuilles)

     4 sépales soudés

     4 pétales de couleur blanche

     1 pistil avec un stigmate volumineux, un style court et un gros ovaire

     2 étamines volumineuses avec chacune 4 sacs polliniques contenant, au total, de 4 à 9 millions de grains de pollen, dispersés par le vent (pollinisation anémophille comme seulement 20% des plantes à fleurs, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de pollinisateurs -abeilles par exemple- seul le vent est l’instrument de la pollinisation)

 

       Toutes les fleurs forment une longue grappe appelée panicule avec de 10 à plus de 30 fleurs en moyenne.

       De longs rameaux d'un an en portent de 20 à 25 pour Picholine et Bouteillan par exemple


       Mais seulement 70% et 45% de fleurs sont hermaphrodites : l'olivier se caractérise par un taux d'avortement pistillaire variable selon les variétés, l'année, la situation des arbres en pluvial ou irrigué.

       Le pollen germe sur le stigmate d'une même fleur, d'une fleur du même arbre, d'un même clone ou variété: cette autofécondation est faible chez l'olivier (Bouteillan) à nulle (Picholine comme beaucoup de variétés).

       Les grains de pollen portés par le vent doivent croiser d'autres pistils, mais l'un et l'autre sont compatibles ou incompatibles. Aussi un chassé-croisé s'instaure entre les variétés de même époque de floraison afin d'éviter les obstacles qui empêchent le tube pollinique de parvenir à l'ovaire pour féconder l'un des quatre ovules de la fleur et donner une olive.

 

       Ces obstacles ou déterminants de l'incompatibilité sont propres à chaque variété. lls sont multiples (cette notion  date de 1925) et leur combinaison pour chaque variété est le résultat du jeu de la génétique. lls opèrent par paire. Les  lois de la biologie attribuent un lot de déterminants au pollen et un lot double à la fleur qui le porte. Les grains de pollen apportés par le vent dans les fleurs d'une oliveraie germent sur leur stigmate et les tubes polliniques doivent franchir la barrière du stigmate pour cheminer dans le style, pénétrer dans l'ovaire, un tube pollinique permettra la fécondation de l'ovule qui donnera une olive. Un seul déterminant commun entre le tube pollinique et le stigmate bloque ce processus, cet obstacle provoque la coulure de la fleur, il n'y a pas de nouaison, plus de 50% des fleurs d' un olivier chutent en fin de floraison. Les déterminants ne peuvent être  révélés que par des croisements sous sac d'isolement effectués par tous les chercheurs étudiant les plantes à fleurs.

 

       Les études sur arbres fruitiers (pommier, cerisier...) à l'aide des croisements sous sac d'isolement ont permis d'établir des chartes de pollinisation qui donnent des couples de variétés productifs.

 

       Chez l'olivier, des travaux sur les mêmes bases datent de plus de 50 ans, en ltalie, France, en Californie. Catherine Breton et André Bervillé ont analysé les résultats des équipes de Montpellier, notamment les croisements réciproques de Nathalie Moutier et de son équipe d'oléiculteurs ("Le Nouvel Olivier" 2006).

       Leurs investigations ont débouché sur l'attribution de 6 déterminants d'incompatibilité chez l'olivier et la publication d'une charte de pollinisation en 2015 ("Le Nouvel Olivier" n"99, p.26 à 34 et tableau 1).

       Cette année 2017 "Le NouvelOlivier/'(n" 108 et n"110) publie les articles de P. Saumitou-Laprade et P. Vernet sur leurs travaux chez l'olivier. Le système "incompatibilité - compatibilité" est basé sur les tests de germination du pollen sur le stigmate donnant un modèle à  deux groupes de reproduction  découvert chez la Filaire. Cet arbre, sans intérêt agronomique, naturalisé aux îles Canaries, au Maghreb, Espagne, France et Portugal, présente une forte population d’arbres mâles en mélange avec des arbres hermaphrodites et le système à 2 groupes, inconnu jusqu’à ce jour, présente un grand intérêt pour l’étude de l’évolution des systèmes de reproduction des plantes à fleurs.

Appliqué à l’olivier, seuls arbres à fleurs hermaphrodites, ce modèle de tests de germination du pollen est à comparer aux résultats des tests de fécondation dont l’analyse de Breton-Bervillé porte sur plus de 1000 croisements.

 

Le pollen germe ou pas sur le stigmate d'un côté et de l'autre le pollen donne ou pas un fruit. 

 

Cette différence d'approche conduit non pas à réfléchir à la composition variétale de l'oliveraie mais à palabrer sur la valeur du test de fécondation. Par exemple, on note des "faux positif" et "faux négatif" dont l'oléiculteur n'a cure de cette interprétation supposée.
       

       Un seul pépiniériste propose la charte de pollinisation Breton-Bervillé. Des oléiculteurs ont commencé d'introduire des variétés recommandées, avec succès, mais il reste beaucoup à faire pour atteindre le niveau de connaissances des autres espèces fruitières.

Pierre Villemur

 

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