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L’oléiculteur « amateur » est mort, vive l’oléiculteur « familial » !

24 avr. 2017

Catégories : Technique Production

Par Luc Poulain d'Andecy, Rédacteur en chef olive-info.eu

PREMIERES ASSISES NATIONALES DE L'OLEICULTURE FAMILIALE
L’oléiculteur « amateur » est mort, vive l’oléiculteur « familial » !
Ne parlons plus « d’amateur » ! L’oléiculteur non professionnel a désormais un nom : « L’oléiculteur familial » avec un cadre et peut-être bientôt son association.  Cette nouvelle dénomination beaucoup plus représentative de ce qu’il est réellement, est née samedi 8 avril dernier à Nîmes lors des premières Assises Nationales de l’Oléiculture Familiale qui ont réunis une soixantaine de personnes venus de plusieurs départements méditerranéens, de Paris, de Lyon et même du Maroc.

Oléiculteurs, représentants d’associations et de groupements d’oléiculteurs, chercheurs, universitaires, professionnels et journalistes ont participé à trois commissions de travail qui ont permis de définir, et affirmer haut et fort la réalité et la spécificité de l’oléiculture familiale par ses composantes familiale, patrimoniale, linguistique, symbolique, culturelle, historique, environnementale, sociale et économique.

Ces premières Assises Nationales de l’Oléiculture Familiale ont été organisées à l’initiative de quelques oléiculteurs et passionnés, appuyés par l’association nîmoise « Promolive » et son Président Jean-Claude Woillet auteur du livre "l'oléiculteur cet inconnu". Soutenu par les collectivités territoriales locales (Département du Gard, Nîmes Métropole, villes de Nîmes et Marguerittes) ainsi que la Banque Populaire du Midi, ces premières Assises Nationales de l’Oléiculture Familiale ont adopté à l’unanimité, moins deux abstentions, une motion appelant à la création d’un groupe de travail chargé notamment de définir une future structure nationale commune aux différentes associations et groupement d’oléiculteurs familiaux.

Sur 34 900 oléiculteurs identifiés en France, 9 500 sont des professionnels (27,3 %) et 25 400 sont des non professionnels (72,7 %). Dans la plupart des coopératives oléicoles, par exemple, 80% des d’adhérents sont des oléiculteurs familiaux qui représentent de 20 à 25% des apports d’olives.

Par ailleurs, sur le million d’hectares d’oliviers plantés dans le monde ces 15 dernières années, la très grande majorité (80%) l’a été en haute densité. Rien qu’en 2016, 85% des 152 000 ha d’oliviers plantés l’ont été en mode de culture super intensif (en ligne et  totalement mécanisable) essentiellement en variété Arbosana, Arbequine, et Koroneiki. Une tendance lourde qui se confirme, y compris dans les pays producteurs traditionnels du pourtour méditerranéen. 

Il est donc clair que la sauvegarde du mode traditionnel de culture de l’olivier, de la diversité des variétés locales ainsi que de l’authenticité des paysages méditerranéens, repose désormais sur l’oléiculture familiale et elle seule.

De l’aveu même de Abdellatif GHEDIRA, Directeur Exécutif du Conseil Oléicole International, dans un message spécialement adressé aux participants de ces Premières Assises Nationales de l’Oléiculture Familiale, « L’oléiculture familiale constitue en effet l’âme de l’oléiculture méditerranéenne et l’un des piliers de notre civilisation. Elle contribue de manière importante au marché mondial de l’huile d’olive qui, sans elle, n’aurait ni légitimité ni âme. Ne prenez pas ombrage des nouveaux modèles intensifs de production et suivez votre chemin car c’est celui de la culture, de l’histoire et de l’authenticité … c’est celui de l’excellence des huiles du terroir et des variétés locales ... »

Rappelons qu’il se produit aujourd’hui de l’huile d’olive dans 57 pays et qu’il s’en consomme dans plus de 179. Cependant, pour la production comme pour la consommation, l’Europe en représente plus de 95%.

Les principaux pays producteurs sont l’Espagne (1 400 000 tonnes/an en moyenne), représentant près de la moitié de la production mondiale, largement devant l’Italie (de 300 000 à 400 000 t/an). La Grèce et la Tunisie (de 150 000 à 300 000 t/an) se disputent, selon les années, la troisième place, suivies de près par la Syrie et la Turquie (de 150 000 à 200 000  tonnes) et le Maroc (de 100 000 à 130 000 t/an).

De son côté la France est minuscule avec ses quelques 4 000 tonnes de moyenne par an représentant  peine 0,2% de la production mondiale !

Par contre, si, en volume, le France ne pèse pas lourd, c’est le 6ème pays consommateurs avec 107 000 tonnes consommées (estimations 2017), derrière l’Italie (562 000 t), l’Espagne  (505 000 t), les USA (306 000 t), la Grèce (140 000t) et la Turquie (130 000 t).

Il est ainsi facile d’admettre dans ce contexte, que l’oléiculture familiale est essentielle pour la survie de l’oléiculture française aux côtés de la filière professionnelle. Pour exister et survivre, l’oléiculture familiale doit probablement se structurer et se fédérer dans le respect et l’autonomie des associations et groupements d’oléiculteurs existants déjà très actifs sur le terrain (formation à la taille, au greffage, l’organisation de fêtes ou de voyages…).

Avec près de 90 litres d’huile d’olive produits chaque seconde dans le monde, une famille qui possède un seul olivier dans son jardin ou une olivette de quelques dizaines d’arbres héritée depuis la révolution, jusqu’à plusieurs centaines d’oliviers sans choisir le statut professionnel n’en est pas moins une famille d’oléiculteurs. Une famille passionnée désireuse de déguster son huile d’olive dont elle confie le plus souvent la trituration soit à un moulin professionnel coopératif ou privé, soit, plus rare mais en développement, au micro moulin de son association. Ce qui ne fait pour autant d’elle un acteur professionnel de la filière.

S’il ne revendique pas le statut de professionnel, l’oléiculteur familial doit pourvoir cependant bénéficier d’un statut spécifique qui lui permette par exemple d’accéder au « certiphyto » ou de bénéficier des informations jusque là véhiculées par les filières professionnelles. Pourquoi ne pas imaginer une représentativité « consultative » de l’oléiculture familiale au sein de l’interprofession et auprès des Pouvoirs Publics ?  La commission appelée de ses vœux par ces Premières Assises Nationales de l’Oléiculture Familiale devra sans doute se pencher sur ces sujets et bien d’autres encore.

La newsletter « olive-info.eu »  soutient l’initiative engagée par ces premières Assises Nationales de l’Oléiculture Familiale et vous tiendra informé, chaque fois que nécessaire, de l’évolution de ce projet. Nous reviendrons dans une de nos prochaines éditions sur les raisons de préférer le vocable d’oléiculteur familial à celui, jusque là utilisé, d’oléiculteur amateur.

Luc Poulain d’Andecy

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